BONUS : Autour de Baratier de Jackie Raynal, 24′
Contient un livret de 40 pages de textes sur le film et le groupe Zanzibar par C.Renier et F.Devaux.
Avant de réaliser Deux fois, Jackie Raynal fut la monteuse des films des cinéastes de La Nouvelle Vague, comme Eric Rohmer, Jean-Daniel Pollet et Claude Chabrol. C’est sous l’impulsion de Sylvina Boisonnas qu’elle réalise son premier film, Deux fois, tourné à Barcelone en 9 jours.
Elle est une des rares monteuses de cinéma à réaliser des films à l’époque. Après des années de voyages, on the road, elle fut programmatrice dans deux salles art et essai à New York, Carnegie Hall Cinema et Bleecker Street Cinema, tout en continuant à monter et réaliser des films.
Deux Fois est un film désormais incontournable dans l’histoire du cinéma d’avant-garde. Il fut considéré par Adrian Martin comme le « classique culte » de l’avant-garde française.
Il remet en question de manière exemplaire les codes cinématographiques hollywoodiens et s’écarte ainsi radicalement de la narration, de toute recherche d’illusion. Le film de Jackie Raynal Deux fois répète les scènes deux fois, remet en question le « Il était une fois » marquant le début d’un conte.
Ce film en noir et blanc, quasiment muet, recherche le minimalisme, la sobriété. Les scènes de Deux fois, parfois répétées et frôlant le non-sens, mettent l’accent sur l’écoulement du temps et donnent un rythme musical au film.
Mais ce film représente davantage que la « fin de la signification » annoncée par Jackie Raynal au début du film. Pour Serge Daney, il s’agit d’un « documentaire sur la place du spectateur dans la salle ».
Selon Noël Burch ce film est une « méditation délibérément élémentaire sur certaines fonctions primaires du film dont on peut dire qu’elles sont à la base du montage en tant que tel : attente, exploration de l’image, mémoire perceptive, relations entre l’espace hors et l’espace sur écran, tous explorés dans une série de plans-séquences autonomes d’une simplicité exemplaire »
Se mêlent à ces questionnements des influences surréalistes, théâtrales, qui donnent un aspect rituel, incantatoire mais aussi très poétique au film.
À travers le montage de scènes très différentes, improvisées, ou bien minutieusement préparées, Jackie Raynal ajoute une dose de distance et d’ironie et semble, sur la longueur du film « dérouler », énoncer le cinéma.
Serge Daney qualifiait le film « magnifique » de Jackie Raynal, de « montage d’impulsions ».
Jackie Raynal est une des rares techniciennes à réaliser des films à cette époque. Deux fois témoigne des positions féministes et revendicatrices de la cinéaste.
On sent dans ce film comme dans Le Révélateur de Philippe Garrel, le désir de revenir à un degré zéro du cinéma, revenir aux origines du cinéma.
Ces réalisations, dans leur lenteur et leur sobriété, sont une forme de résistance à la « société du spectacle », décrite par Guy Debord, dont les auteurs furent des lecteurs assidus. Elles prolongent à travers le cinéma la pensée des situationnistes. De plus, elles témoignent des rapports étroits et de préoccupations similaires entre cinéastes et peintres à cette époque.
Deux fois n’a pas été oublié par les cinéphiles bien que difficilement visible aujourd’hui. Il existe très peu de copies et il n’a jamais été diffusé à la télévision. Le négatif n’ayant pas été restauré depuis 1968 et le film ayant été acheté par le Centre Georges Pompidou en 2001, nous avons réalisé une copie neuve du film, qui a permis la réalisation d’un master vidéo nous permettant ainsi son édition dans différents supports.


